
Femmes et investissement : les chiffres du baromètre AMF 2026
L'investissement financier en France reste profondément marqué par une asymétrie de genre. Cette asymétrie n'est pas anecdotique : elle se traduit dans le temps par des trajectoires patrimoniales radicalement différentes, qui se creusent au fil des décennies. Comprendre pourquoi les femmes investissent moins, et surtout comment cet écart peut se réduire, est devenu un enjeu majeur de gestion de patrimoine. Le baromètre AMF 2026 apporte sur ce point une lecture précise et précieuse.
Un écart toujours deux fois supérieur
Les chiffres sont têtus. En 2025, les femmes ne représentent que :
- 38 % des investisseurs en bourse
- 36 % des investisseurs en financement participatif
- 26 % des investisseurs en cryptoactifs
Plus parlant encore, seulement 24 % des Françaises déclarent détenir un produit d'investissement, contre 45 % des hommes. Un rapport du simple au double qui n'a quasiment pas bougé depuis trois ans.
Plus inquiétant encore : parmi les investisseurs actifs, ceux ayant réalisé au moins une transaction dans l'année, la part des femmes a reculé, passant de 30 % en 2022 à 25 % en 2024. Et ce, dans un contexte où le nombre total d'investisseurs actifs a progressé de 21,5 %. Autrement dit, la bourse se démocratise, mais pas pour tout le monde au même rythme.
Premier frein : des revenus qui laissent moins de marge
Investir suppose d'avoir de quoi investir. Sur ce plan, l'inégalité est bien réelle :
- Les femmes perçoivent en moyenne 3 500 euros nets par mois, contre 4 200 euros pour les hommes
- Leur patrimoine financier hors immobilier est inférieur de 35 %, soit 53 000 euros contre 82 000 euros
Quand les revenus sont plus serrés, le réflexe naturel est de sécuriser plutôt que d'investir. Ce comportement est d'autant plus logique que les femmes subissent davantage les effets des carrières hachées, du temps partiel subi et d'une pression budgétaire quotidienne plus forte. La prudence, ici, n'est pas un trait de caractère, c'est une réponse rationnelle à une situation économique contrainte.
Comme nous l'avions vu dans notre article sur l'épargne des Français, le réflexe d'épargne sécurisée prive d'une part importante du potentiel de rendement long terme. Cet effet se cumule chez les femmes en raison de leur capacité d'épargne plus contrainte.
Deuxième frein : un déficit de confiance bien plus grand que le déficit réel de compétences
C'est peut-être le chiffre le plus révélateur du baromètre : seules 28 % des femmes s'estiment compétentes en matière d'épargne et de placements, contre 51 % des hommes. Un écart abyssal, qui ne reflète pourtant pas la réalité.
Quand on les teste concrètement sur des notions financières de base (inflation, taux obligataires, diversification), les femmes s'en sortent presque aussi bien que les hommes. Et elles surestiment moins leur niveau : 9 % répondent sans faute aux trois questions posées, contre 15 % des hommes.
Les femmes ne manquent donc pas de capacité d'analyse. Elles manquent de légitimité perçue pour s'engager sur les marchés.
Conséquence directe : une femme sur deux déclare ne pas s'informer sur la bourse, contre 27 % des hommes. Et lorsqu'elles cherchent conseil, elles se tournent en priorité vers leur conseiller bancaire ou leurs proches. Des canaux rassurants, mais parfois moins efficaces pour passer à l'action.
C'est précisément l'un des sujets que nous abordions dans notre article sur la différence entre banquier et conseiller en gestion de patrimoine : le banquier vend des produits standardisés, là où un CGP construit une stratégie sur mesure, mieux adaptée à des situations spécifiques.
Troisième frein : une aversion au risque marquée, mais mal interprétée
Les chiffres confirment une orientation patrimoniale plus prudente chez les femmes :
- 48 % d'entre elles ne détiennent que des produits à capital garanti, soit 19 points de plus que les hommes
- À peine 34 % se disent prêtes à accepter une part de risque pour viser un meilleur rendement, contre 57 % des hommes
Attention cependant à ne pas confondre prudence et incompétence. Cette aversion au risque traduit souvent une approche plus rigoureuse, plus réfléchie, moins impulsive. Les études internationales le confirment : lorsque les femmes investissent, elles performent mieux que les hommes :
- Moins de transactions inutiles
- Meilleure diversification
- Horizon d'investissement plus long
- Réactions émotionnelles moins violentes face aux corrections de marché
Le problème n'est donc pas qu'elles investissent mal. C'est qu'elles n'investissent pas assez.
Des signaux encourageants, notamment chez les jeunes CSP+
Le tableau n'est pas entièrement sombre. Une génération change la donne.
Chez les femmes CSP+ de moins de 35 ans, les comportements sont radicalement différents :
- 48 % déclarent déjà détenir des produits d'investissement
- 69 % envisagent d'investir en actions
L'écart avec leurs homologues masculins se resserre nettement.
Plus globalement, l'autonomie décisionnelle progresse à grande vitesse. La part des femmes prenant seules leurs décisions de placement est passée de 26 % en 2022 à 46 % en 2025. Elles sont désormais aussi indépendantes que les hommes sur ce point, une évolution silencieuse mais profonde.
Parmi celles qui investissent déjà, les différences s'estompent. Elles détiennent autant d'actions cotées (33 %), de fonds (23 %) que leurs homologues masculins. La fracture se joue à l'entrée, pas dans la durée.
La réponse de l'AMF : un plan d'action structuré
Face à ce constat, l'Autorité des marchés financiers passe à l'offensive. Elle a annoncé en 2026 un plan d'action spécifique « femmes et investissement », articulé autour de trois axes :
- Une étude qualitative lancée en septembre 2026 pour identifier précisément les freins et les leviers
- Une stratégie d'éducation financière dédiée déployée à partir de 2027
- La création d'un espace en ligne dédié sur le site institutionnel de l'AMF
La présidente de l'AMF, Marie-Anne Barbat-Layani, a qualifié publiquement le sous-investissement des femmes de "problème majeur", soulignant qu'il représente à la fois un manque à gagner pour les Françaises et pour l'économie française dans son ensemble.
Ce qu'il faut retenir
Le sous-investissement féminin n'est ni une fatalité ni un choix délibéré. Il est le produit de :
- Inégalités de revenus réelles qui réduisent la capacité d'investir
- D'un déficit de confiance construit sur des années d'exposition insuffisante à la culture financière
- D'une industrie qui ne s'est pas toujours adressée aux femmes de façon adaptée
Les données le montrent pourtant sans ambiguïté : quand elles investissent, les femmes le font bien. L'enjeu n'est donc pas de les convaincre de prendre des risques inconsidérés. C'est de lever les barrières à l'entrée : formats pédagogiques accessibles, montants de départ modestes, discours débarrassé du jargon intimidant.
Commencer tôt, même avec peu, peut transformer une trajectoire patrimoniale sur vingt ans. C'est précisément parce que les écarts se creusent dans le temps qu'il devient urgent d'agir maintenant.
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Définitions utiles
- Baromètre AMF : étude annuelle publiée par l'Autorité des marchés financiers sur les comportements d'épargne et d'investissement des Français, qui inclut chaque année un focus thématique spécifique.
- AMF (Autorité des marchés financiers) : autorité publique indépendante chargée de veiller à la protection de l'épargne investie en produits financiers, à l'information des investisseurs et au bon fonctionnement des marchés financiers en France.
- Investisseur actif : personne ayant réalisé au moins une transaction d'achat ou de vente sur un produit financier au cours de l'année écoulée.
- CSP+ : catégories socioprofessionnelles supérieures, regroupant les cadres, professions intellectuelles et professions libérales.
- Financement participatif (crowdfunding) : mode de financement permettant à des particuliers de prêter ou d'investir directement dans des projets ou entreprises via des plateformes en ligne.
- Cryptoactifs : actifs numériques basés sur la technologie blockchain (Bitcoin, Ethereum, etc.), souvent considérés comme volatils et risqués.
- Aversion au risque : disposition d'un investisseur à privilégier des placements sécurisés au détriment de placements plus rémunérateurs mais plus risqués.
Article rédigé par Emma Boufflerd.