Private equity : le bon moment pour entrer dans la danse ?
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Private equity : le bon moment pour entrer dans la danse ?

L'équipe Odin20 mars 2026
4 min de lecture
Le private equity devient plus accessible aux investisseurs particuliers grâce aux fonds ELTIF 2.0, à l’assurance-vie et aux formats evergreen. Dans un contexte de valorisations plus saines et de reprise progressive du marché, 2026 apparaît comme un point d’entrée intéressant pour les épargnants patrimoniaux capables d’accepter l’illiquidité et de sélectionner rigoureusement leurs gérants.

Le private equity — l’investissement dans des entreprises non cotées en Bourse — a longtemps été le terrain de jeu exclusif des institutionnels et des grandes fortunes. Tickets d’entrée à six chiffres, capitaux bloqués dix ans, jargon opaque : tout était fait pour dissuader l’investisseur particulier. Ce monde est en train de changer. Et le timing est rarement aussi favorable qu’aujourd’hui.

Un moteur de rendement prouvé, mais exigeant

Le principe est simple : un fonds lève des capitaux, prend des participations dans des entreprises privées, crée de la valeur sur cinq à dix ans (croissance, restructuration, acquisitions), puis revend avec une plus-value. Contrairement aux marchés cotés, l’investisseur ne subit pas la volatilité quotidienne — en contrepartie, il accepte une illiquidité totale pendant la durée du fonds.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’étude annuelle France Invest / EY publiée en juillet 2025, le capital-investissement français affiche un TRI net de 12,4 % par an sur dix ans et de 11,3 % depuis l’origine de l’industrie. Les fonds liquidés ont généré un TRI net de 14,1 % pour un multiple de 1,78x. Sur la même période, le CAC 40 dividendes réinvestis et l’immobilier d’entreprise restent en retrait. L’industrie française du non coté représente désormais 135 milliards d’euros d’actifs sous gestion, avec 26 milliards investis en 2024.

Attention toutefois : la dispersion est considérable. Le quart supérieur des gérants affiche un TRI de 25,4 %, tandis que le dernier quartile tombe à -6,2 %. En private equity, le choix du gérant fait la performance. Plus encore qu’en gestion cotée, un mauvais fonds ne se contente pas de sous-performer : il détruit du capital.

Trois raisons d’entrer maintenant

Première raison : les valorisations se sont assainies. Après les excès de 2021-2022, les multiples d’acquisition sont revenus de 11x à environ 9x l’EBITDA en Europe. Les enchères se raréfient, les due diligences s’allongent, les comités d’investissement sont plus sélectifs. Pour l’investisseur qui entre aujourd’hui, c’est une bonne nouvelle : les fonds achètent moins cher, ce qui comprime le risque de perte et améliore le potentiel de sortie.

Deuxième raison : le « dry powder » commence à se déployer. Les fonds mondiaux disposaient de plus de 2 000 milliards de dollars de capital non investi fin 2024. Ce chiffre a commencé à baisser courant 2025 (880 milliards restants pour les fonds américains en septembre), signe que les gérants retrouvent des cibles attractives. Les sorties ont rebondi de 42 % en France en 2024 avec 12,8 milliards d’euros, ce qui redémarre le cycle des distributions aux investisseurs.

Troisième raison : l’accès n’a jamais été aussi ouvert. La réforme européenne ELTIF 2.0, entrée en vigueur en janvier 2024, a supprimé le ticket minimum de 10 000 euros et ouvert les marchés privés aux particuliers dès le premier euro. En France, la loi Industrie Verte impose désormais aux assureurs d’intégrer 4 à 8 % d’actifs non cotés dans les gestions pilotées des contrats d’assurance-vie et de PER. Plus de 60 fonds ELTIF ont été lancés en Europe depuis la réforme, avec des noms comme Amundi, BlackRock et J.P. Morgan. Le marché est passé de 13 milliards d’euros fin 2023 à plus de 20 milliards fin 2024.

Comment s’exposer concrètement

Pour un investisseur particulier en France, trois voies principales existent. Les FCPR (Fonds Communs de Placement à Risques) sont les véhicules historiques, accessibles dès 1 000 à 10 000 euros via compte-titres ou assurance-vie. Certains offrent une exonération d’impôt sur le revenu sur les plus-values sous conditions de durée. Les formats « evergreen », sans date de fin, se multiplient et apportent une liquidité relative grâce à des fenêtres de rachat périodiques.

Les fonds ELTIF 2.0 constituent la nouvelle génération. Référençables en assurance-vie et en PER, ils combinent private equity, dette privée et infrastructure dans un cadre européen harmonisé. Ticket d’entrée réduit, passeport paneuropéen, compatibilité avec la fiscalité française. C’est souvent la voie la plus efficiente pour un premier contact avec le non coté.

Les FPCI (Fonds Professionnels de Capital Investissement), enfin, s’adressent aux investisseurs avertis à partir de 100 000 euros. Ils donnent accès à des sociétés de gestion de premier plan et affichent généralement des objectifs de performance plus ambitieux — mais aussi des frais plus élevés et une illiquidité totale.

Ce qu’il faut surveiller avant d’investir

Le private equity n’est pas un placement miracle. L’illiquidité est réelle : même les fonds evergreen encadrent les rachats. Ne commettez jamais plus de 10 à 15 % de votre patrimoine financier, et uniquement sur de l’épargne dont vous n’avez pas besoin à horizon dix ans.

Les frais sont significatifs. Commission de gestion de 1,5 à 2,5 % par an, carried interest de 20 % au-delà d’un seuil de performance, auxquels s’ajoutent les frais de l’enveloppe si vous passez par l’assurance-vie. L’AMF note que ces frais cumulés sont « difficiles à identifier » pour l’investisseur.

Surtout, la sélection du gérant est déterminante. Un écart de 30 points de TRI entre le premier et le dernier quartile rend le choix du fonds plus important que le choix de la classe d’actifs elle-même. Et diversifiez les millésimes : un seul millésime peut décevoir — le venture 2020-2022 en est l’illustration. Investir régulièrement sur plusieurs années lisse le risque de timing.

Notre lecture

Le private equity traverse une phase de normalisation après les excès post-Covid. Les valorisations sont plus raisonnables, les sorties reprennent, et le cadre réglementaire n’a jamais été aussi favorable à l’investisseur particulier. C’est précisément dans ces moments de réinitialisation que les meilleurs millésimes se construisent.

Trois convictions pour 2026 :

Privilégier le buyout européen mid-market, segment le plus performant sur longue période et celui qui bénéficie le plus de la correction des valorisations. Explorer le secondaire, qui permet d’acheter des portefeuilles matures avec décote de 10 à 20 % sur la valeur liquidative et de réduire la durée d’immobilisation. Utiliser les fonds ELTIF et evergreen en assurance-vie comme point d’entrée avant d’envisager des fonds fermés plus ambitieux.

Le private equity n’est pas pour tout le monde, et il n’est certainement pas urgent d’y aller les yeux fermés. Mais pour un investisseur patrimonial avec un horizon long et une tolérance à l’illiquidité, il est difficile d’ignorer une classe d’actifs qui délivre 11 % nets par an sur trois décennies — surtout quand la porte d’entrée vient de s’élargir.