PER et 70 ans : ce que change la loi de finances 2026
Placements financiers

PER et 70 ans : ce que change la loi de finances 2026

L'équipe Odin21 juillet 2026
5 min de lecture
La loi de finances 2026 introduit deux modifications majeures pour le Plan d'Épargne Retraite : la fin de la déductibilité des versements après 70 ans et l'extension du report des plafonds à 5 ans. Cet article présente le nouveau régime, les stratégies à adopter avant 70 ans pour maximiser l'avantage fiscal, la fiscalité à la sortie et les enjeux de transmission dans le nouveau cadre.

Le PER s'est imposé depuis 2019 comme l'un des principaux dispositifs d'épargne retraite en France. Avec 141 milliards d'euros d'encours et 12,7 millions de titulaires au 30 septembre 2025, il est devenu un pilier de l'épargne longue des ménages. Ce succès explique pourquoi la loi de finances 2026 a choisi de recalibrer son fonctionnement, tout en préservant son architecture globale. Pour les épargnants concernés, l'enjeu est double : comprendre précisément ce qui change et anticiper les décisions à prendre avant que certaines portes ne se ferment.

Pourquoi cette réforme ?

Le PER a été conçu avant tout pour préparer la retraite. Les parlementaires ont estimé qu'au-delà de 70 ans, l'objectif de constitution d'une épargne retraite n'est plus vraiment d'actualité, et que le dispositif était alors utilisé principalement comme un outil de défiscalisation, voire de transmission optimisée.

La suppression de la déductibilité passé cet âge vise donc à recentrer le PER sur sa vocation initiale. Elle marque également une volonté du législateur de mieux distinguer les enveloppes patrimoniales selon leur finalité : le PER pour préparer la retraite, l'assurance-vie pour l'épargne longue polyvalente et la transmission, les livrets réglementés pour la précaution.

Ce qui change concrètement

Jusqu'au 31 décembre 2025, tout contribuable pouvait déduire ses versements sur un PER de son revenu imposable, quel que soit son âge. Depuis le 1er janvier 2026, cette déductibilité disparaît pour les versements réalisés par les personnes ayant atteint 70 ans.

Le critère retenu est strictement celui de l'âge du souscripteur au jour du versement, indépendamment d'une éventuelle situation de cumul emploi-retraite. Il reste possible de continuer à alimenter son PER après 70 ans, mais sans bénéficier de l'avantage fiscal à l'entrée.

Tous les types de PER sont concernés par cette mesure :

  • PER individuel (PERin)
  • PER d'entreprise collectif (PERECO)
  • PER d'entreprise obligatoire (PEROb)
  • PER européen (PEPP)
  • Versements TNS (travailleurs non salariés)

À noter que la mesure ne concerne pas les anciens contrats PERP, Madelin ou Article 83, qui conservent leur régime propre. La réforme cible uniquement les PER issus de la loi PACTE.

Un exemple chiffré pour mesurer l'impact

Pour bien comprendre l'enjeu, prenons un exemple concret. Un contribuable de 71 ans, à un taux marginal d'imposition (TMI) de 30 %, verse 8 000 euros par an sur son PER individuel :

  • Avant le 1er janvier 2026 : économie d'impôt immédiate de 2 400 euros par an
  • Depuis le 1er janvier 2026 : économie d'impôt immédiate de 0 euro

Sur 10 ans, l'écart cumulé s'élève à 24 000 euros d'économies d'impôt perdues. À TMI 41 %, l'écart atteindrait 32 800 euros. Cette différence explique pourquoi la mesure est qualifiée de rupture fiscale majeure par la plupart des spécialistes.

La contrepartie : un report des plafonds étendu à 5 ans

Pour compenser cette restriction et donner davantage de marge de manœuvre aux épargnants plus jeunes, la loi de finances 2026 apporte une amélioration notable : les plafonds de déduction non utilisés seront désormais reportables sur les cinq années suivantes, contre trois ans auparavant.

Concrètement, un contribuable qui n'a pas pleinement utilisé son plafond de déduction en 2026 pourra le mobiliser jusqu'en 2031. Cette souplesse ouvre plusieurs stratégies :

  • Rattrapage : mobiliser les plafonds inutilisés lors d'une année à revenus exceptionnels (cession d'entreprise, plus-value immobilière, prime de départ)
  • Lissage : étaler les versements sur plusieurs années tout en préservant le bénéfice fiscal
  • Optimisation à l'approche de 70 ans: concentrer les versements dans la fenêtre finale précédant l'échéance

Cette extension est particulièrement précieuse pour les épargnants dont les revenus fluctuent d'une année à l'autre, comme les dirigeants, indépendants ou professions libérales.

Si vous avez entre 60 et 70 ans : agissez maintenant

C'est probablement le message le plus important de cet article. Si vous avez entre 60 et 70 ans, vous disposez encore d'une fenêtre pour effectuer des versements déductibles sur votre PER.

Trois raisons de ne pas attendre :

  • La déductibilité disparaît strictement au jour du 70e anniversaire, sans période de tolérance
  • Le plafond de déduction annuel représente 10 % de vos revenus professionnels de l'année précédente, dans la limite du PASS 2026 (48 060 euros)
  • Le report des plafonds à 5 ans permet de mobiliser un montant potentiellement plus important en une seule année

Maximiser ces versements avant vos 70 ans peut représenter une économie fiscale significative selon votre tranche marginale d'imposition. Un dirigeant de 68 ans à TMI 41 %, disposant de 100 000 euros de capacité de versement (année en cours + plafonds reportés), peut ainsi économiser jusqu'à 41 000 euros d'impôt en une seule opération, sous réserve de plafonds disponibles.

Cette optimisation s'inscrit d'ailleurs dans un contexte fiscal plus large, celui de la hausse générale des prélèvements sur le capital, comme nous l'avions détaillé dans notre article sur la flat tax 2026 à 31,4 %. Chaque outil de défiscalisation actif prend d'autant plus de valeur que le cadre général se durcit.

Le PER après 70 ans : toujours pertinent ?

La suppression de la déductibilité ne condamne pas pour autant le PER après 70 ans. Ce placement conserve d'autres atouts patrimoniaux qu'il convient d'analyser au cas par cas.

En sortie en capital, le régime devient même particulièrement favorable pour les versements réalisés après 70 ans :

  • Le capital correspondant aux primes versées est totalement exonéré d'impôt sur le revenu
  • Seules les plus-values réalisées sont soumises au PFU à 31,4 %

En sortie en rente, la logique change également. Les rentes issues de versements non déduits relèvent du régime des Rentes Viagères à Titre Onéreux (RVTO), avec une fraction imposable qui varie selon l'âge au moment de la mise en rente :

  • Entre 60 et 69 ans : 40 % de la rente imposable
  • À partir de 70 ans : seulement 30 % de la rente imposable

En transmission, les versements effectués après 70 ans bénéficient d'un régime aligné sur celui de l'assurance-vie post-70 ans, avec un abattement global de 30 500 euros partagé entre tous les bénéficiaires (hors conjoint et partenaire de PACS, exonérés totalement).

Ces éléments montrent que le PER post-70 ans peut rester intéressant, mais avec une logique fondamentalement différente : ce n'est plus un outil de défiscalisation à l'entrée, mais un placement financier long terme avec une fiscalité de sortie adaptée.

PER ou assurance-vie après 70 ans : le nouvel arbitrage

La réforme rebat les cartes pour les stratégies patrimoniales des plus de 70 ans. L'assurance-vie regagne mécaniquement du terrain, pour plusieurs raisons :

  • Prélèvements sociaux à 17,2 % (contre 18,6 % pour le PER depuis 2026)
  • Fiscalité successorale plus douce avec l'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans
  • Disponibilité totale : les rachats sont possibles à tout moment
  • Choix des supports : offre plus large que la plupart des PER

Le PER reste néanmoins pertinent dans certaines configurations : pour un dirigeant encore actif à 65-70 ans, l'utilisation combinée du plafond de l'année et des plafonds reportés sur 5 ans peut permettre une optimisation fiscale spectaculaire à l'approche de la sortie d'activité. C'est précisément le type d'arbitrage à réaliser en amont plutôt qu'en subissant la contrainte du calendrier.

Cette logique d'arbitrage entre enveloppes rejoint d'ailleurs ce que nous évoquions dans notre article sur l'épargne des Français : chaque enveloppe patrimoniale a sa propre logique, et c'est l'articulation entre elles qui construit la performance globale d'une stratégie.

Notre accompagnement

Cette réforme illustre à quel point la fiscalité du patrimoine évolue vite, et peut avoir des conséquences concrètes sur vos décisions d'épargne. Que vous ayez 60, 65 ou 70 ans, il est essentiel d'anticiper et d'adapter votre stratégie avant que certaines portes ne se ferment.

Chez Odin Capital, nous accompagnons nos clients dans plusieurs arbitrages clés autour du PER :

  • Simulation des économies d'impôt possibles avant 70 ans, en mobilisant les plafonds reportés
  • Choix de la sortie optimale (capital, rente, sortie fractionnée) en fonction de la situation
  • Coordination PER / assurance-vie dans une stratégie patrimoniale globale
  • Optimisation de la clause bénéficiaire pour préparer la transmission

Vous souhaitez faire le point sur votre situation PER et identifier les actions à mener avant vos 70 ans ? Prenez rendez-vous avec l'un de nos conseillers Odin Capital pour une analyse personnalisée.

Définitions utiles

  • PER (Plan d'Épargne Retraite) : produit d'épargne créé par la loi PACTE de 2019, destiné à préparer la retraite avec une fiscalité avantageuse à l'entrée (déductibilité) ou à la sortie (exonération), selon les choix de l'épargnant.
  • PERin : Plan d'Épargne Retraite Individuel, souscrit à titre personnel.
  • PERECO : Plan d'Épargne Retraite d'Entreprise Collectif, ouvert à l'ensemble des salariés d'une entreprise.
  • PEROb : Plan d'Épargne Retraite d'Entreprise Obligatoire, réservé à certaines catégories de salariés.
  • PEPP : Produit Paneuropéen d'Épargne Retraite Individuelle, équivalent européen du PER.
  • Plafond de déduction PER : montant maximum déductible du revenu imposable au titre des versements PER. Égal à 10 % des revenus professionnels de l'année précédente, dans la limite de 8 fois le PASS (ou 10 % du PASS si les revenus sont faibles).
  • PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale) : référence de calcul pour de nombreux plafonds sociaux et fiscaux. En 2026, le PASS s'élève à 48 060 euros.
  • TMI (Taux Marginal d'Imposition) : taux d'imposition applicable à la dernière tranche de revenus d'un contribuable (0 %, 11 %, 30 %, 41 % ou 45 %).
  • RVTO (Rente Viagère à Titre Onéreux) : régime fiscal appliqué aux rentes issues de versements non déduits, avec une fraction imposable réduite selon l'âge de mise en rente.
  • PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) : impôt unique de 31,4 % applicable depuis 2026 aux revenus du capital et aux plus-values mobilières (dont les plus-values du PER en sortie en capital).

Article rédigé par Nicolas Brouin.