GRANOLAS vs Magnificent Seven : le match des géants
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GRANOLAS vs Magnificent Seven : le match des géants

L'équipe Odin26 février 2026
6 min de lecture
Analyse comparative des GRANOLAS (champions européens “qualité/dividendes”) et des Magnificent Seven (méga-caps US orientées tech/IA). L’article met en perspective performance, risque, valorisation et concentration des indices, et explique comment les combiner dans une allocation patrimoniale européenne.

GRANOLAS vs Magnificent Seven : le match des géants

Deux groupes d’actions dominent leur marché respectif. Mais derrière l’acronyme, les profils sont radicalement différents.

D’un côté de l’Atlantique, sept géants technologiques américains concentrent plus d’un tiers de la capitalisation du S&P 500. De l’autre, onze champions européens — des laboratoires pharmaceutiques aux empires du luxe — représentent 20 % du Stoxx 600. Les Magnificent Seven et les GRANOLAS sont devenus les deux groupes d’actions les plus suivis au monde. Mais la comparaison s’arrête-t-elle là ?

Cet article propose une analyse factuelle et structurée de ces deux paniers, sans parti pris géographique. L’objectif : donner à l’investisseur patrimonial les clés pour comprendre ce que chaque groupe offre réellement en termes de performance, de risque et de valorisation.

Qui sont-ils ?

Les Magnificent Seven (Alphabet, Amazon, Apple, Meta, Microsoft, Nvidia, Tesla) sont exclusivement des valeurs technologiques américaines. L’expression, attribuée à l’analyste Michael Hartnett de Bank of America en 2023, désigne les sept entreprises qui ont porté l’essentiel de la hausse du S&P 500 depuis deux ans. Trois d’entre elles dépassent aujourd’hui les 4 000 milliards de dollars de capitalisation. Ensemble, elles pèsent environ 17 000 milliards de dollars, soit 34 % de l’indice américain.

Les GRANOLAS (GSK, Roche, ASML, Nestlé, Novartis, Novo Nordisk, L’Oréal, LVMH, AstraZeneca, SAP, Sanofi) sont un acronyme forgé par Goldman Sachs en avril 2020. Ce groupe couvre la santé (six valeurs sur onze), la technologie (ASML, SAP), la consommation et le luxe. Leur capitalisation cumulée avoisine les 2 500 milliards d’euros. Ils sont cotés dans six pays différents (France, Allemagne, Danemark, Suisse, Pays-Bas, Royaume-Uni).

Première observation immédiate : le rapport de taille est de 1 à 7 environ. La capitalisation combinée des Magnificent Seven dépasse celle des marchés boursiers britannique, canadien et japonais réunis. Les GRANOLAS, malgré leur poids en Europe, restent des acteurs de taille intermédiaire à l’échelle mondiale.

Le match des chiffres : 26/02/26

Magnificent Seven

GRANOLAS

Nombre de valeurs

7

11

Secteurs

100 % US tech-centric

Santé, tech, luxe, conso

Capitalisation cumulée

~21 000 Md$

~2 500 Md€

Poids dans l’indice

34 % du S&P 500

20 % du Stoxx 600

Performance : rendement absolu vs rendement ajusté

Sur la décennie 2016-2025, le match en rendement absolu est sans appel. Les Magnificent Seven affichent un rendement cumulé de +875 %, contre +234 % pour le S&P 500. Les GRANOLAS, bien que solides, n’ont pas généré le même effet multiplicateur : le Nasdaq 100 a progressé de +131 % depuis début 2020, contre +56 % pour le Stoxx 600 sur la même période.

Mais la lecture change en rendement ajusté du risque. Sur la période 2021-2024, Goldman Sachs a calculé que les GRANOLAS avaient généré un rendement total moyen pondéré de 65 %, très proche des 64 % des Magnificent Seven — mais avec une volatilité réalisée deux fois inférieure. Autrement dit, un meilleur ratio de Sharpe. L’année 2022 illustre parfaitement cette divergence : les Magnificent Seven ont chuté de 41 % quand les GRANOLAS ont limité la casse, évitant largement la correction liée à la remontée des taux.

En 2025, les Magnificent Seven ont affiché un rendement moyen de +27,5 %, mais avec une dispersion considérable : Alphabet a bondi de +64 % grâce à ses puces TPU et ses outils IA, tandis qu’Amazon n’a enregistré qu’une progression à un chiffre. Seuls Alphabet et Nvidia ont surperformé le S&P 500.

2025 : l’année où les GRANOLAS ont décroché

Paradoxalement, alors que les indices européens ont surpris à la hausse en 2025, les GRANOLAS ont sous-performé de 25 % par rapport au marché élargi depuis début 2024, selon JPMorgan. Leur poids dans le Stoxx 600 est passé de 27 % au pic de début 2024 à environ 20 %.

Plusieurs facteurs expliquent cette déconnexion. Le secteur pharmaceutique, qui représente six des onze valeurs, a subi les pressions de l’administration Trump sur les prix des médicaments aux États-Unis. Novo Nordisk, autrefois première capitalisation européenne, a chuté de près de 47 % en 2025, rattrapé par la concurrence d’Eli Lilly sur les traitements GLP-1 et par plusieurs avertissements sur ses ventes. LVMH et L’Oréal ont pâti du ralentissement de la consommation chinoise. Nestlé reste pénalisé par une croissance organique atone.

Pendant ce temps, les moteurs du rally européen étaient ailleurs : les banques (+28 %) et la défense (+85 % pour l’indice MSCI Europe Aerospace & Defense) ont porté les indices, profitant de la remontée des marges d’intérêt et des plans de réarmement européens.

Fait notable cependant : la sous-performance des GRANOLAS est principalement une sous-performance de prix, pas de fondamentaux. JPMorgan souligne que leurs bénéfices ont continué de progresser à +8 % en 2025, alors que le marché européen dans son ensemble est resté à peu près stable. Leur trésorerie cumulée a augmenté de 91 à 106 milliards d’euros, et les rachats d’actions ont atteint 36 milliards annualisés en 2025.

Valorisation : le prix de la qualité

Les deux groupes se paient nettement plus cher que le reste de leur marché. Les Magnificent Seven se négocient à environ 30 fois leurs bénéfices attendus, contre 20x pour le marché américain dans son ensemble. Les GRANOLAS affichent un multiple similaire, autour de 28x, quand le marché européen se traite à 13-14x.

Cette prime est-elle justifiée ? Pour les Magnificent Seven, la réponse tient en un chiffre : leurs marges nettes dépassent 25 %, soit le double de la moyenne américaine. On paie cher, mais on achète des entreprises exceptionnellement rentables. La question est de savoir si cette rentabilité peut durer face à la montée des investissements dans l'IA, qui se chiffrent en centaines de milliards.

Côté GRANOLAS, la situation est plus nuancée. Le groupe n'est pas homogène : SAP et ASML restent chers (plus de 40x les bénéfices), portés par la demande en logiciels cloud et en équipements semiconducteurs. En revanche, après 18 mois de correction, plusieurs grandes valeurs pharmaceutiques — GSK, Roche, Sanofi, AstraZeneca — se traitent désormais en dessous de leur valeur estimée par Morningstar. Pour un investisseur patient, c'est un point d'entrée qui n'existait plus depuis 2020.

Dividendes et profil de risque : deux philosophies

C’est sans doute la différence la plus structurelle entre les deux groupes. Les GRANOLAS sont des machines à dividendes : rendement moyen de 2,5 %, avec un historique remarquable (Nestlé verse un dividende depuis 1959 et l’a augmenté de manière continue depuis les années 1990). Les onze valeurs versent toutes un dividende.

Cette différence reflète deux modèles : les Magnificent Seven privilégient le réinvestissement massif (les dépenses d’investissement cumulées dans l’IA se chiffrent en centaines de milliards de dollars), tandis que les GRANOLAS combinent croissance modérée et retour aux actionnaires. Pour un investisseur en phase de capitalisation, le premier modèle peut sembler plus attractif. Pour un investisseur patrimonial, le second offre un flux de revenus régulier et un coussin de protection en marché baissier.

Le profil de volatilité confirme cette distinction. L’écart-type annualisé des GRANOLAS est d’environ 13 %, contre 21 % pour les Magnificent Seven. Goldman Sachs note que les GRANOLAS sont positivement corrélés aux facteurs « qualité » et « défensif », ce qui en fait un outil naturel de protection de portefeuille en phase de stress.

Le risque commun : la concentration

Les deux groupes soulèvent le même problème structurel : la concentration des indices. Les Magnificent Seven représentent 32,6 % du S&P 500 (février 2026) (contre 12,5 % en 2016). Les GRANOLAS pèsent environ 20 % du Stoxx 600 et ont généré 60 % des gains de l’indice en 2023-2024.

Ce phénomène est renforcé par la montée de la gestion passive : plus les flux entrent dans les ETFs indiciels, plus ils alimentent mécaniquement les plus grosses capitalisations. Goldman Sachs note que les GRANOLAS surperforment quand les ETFs collectent davantage que les fonds actifs, créant une prophétie autoréalisatrice.

Le risque est symétrique : si le sentiment s’inverse, les sorties de flux amplifieront la correction. C’est exactement ce qui s’est passé pour les GRANOLAS en 2024-2025, quand les investisseurs ont redirigé leurs capitaux vers les banques et la défense.

Ce que cela signifie pour l’investisseur européen

La question n’est pas « GRANOLAS ou Magnificent Seven », mais plutôt : quel rôle chacun peut jouer dans une allocation patrimoniale.

Les Magnificent Seven restent le meilleur proxy pour s’exposer à la révolution de l’intelligence artificielle et à la croissance des bénéfices des grandes plateformes numériques. Mais cette exposition a un coût : une volatilité élevée, un risque de change significatif pour un investisseur en euros (le S&P 500 a perdu 11 points de rendement en change en 2025), et une dépendance à un seul thème — l’IA — dont la monétisation reste à prouver sur le long terme.

Les GRANOLAS offrent un profil complémentaire : diversification sectorielle, dividendes réguliers, moindre volatilité, et une exposition internationale sans le risque de change concentré sur le dollar. Après 25 % de sous-performance relative en 18 mois, plusieurs valeurs du groupe présentent des points d’entrée qui n’existaient plus depuis 2020.

Un investisseur patrimonial européen qui ne détiendrait que l’un des deux groupes s’exposerait à un risque de concentration élevé — qu’il soit sectoriel (tech US) ou géographique (Europe). La complémentarité des deux profils est précisément ce qui justifie de les combiner.

Lecture Odin Capital

La comparaison GRANOLAS/Magnificent Seven révèle moins un « meilleur groupe » qu’une asymétrie de profils qu’il faut comprendre pour bien l’exploiter.

Première conviction : le timing joue en faveur des GRANOLAS. Après une correction significative, le rapport risque/rendement du groupe s’est amélioré. Les bénéfices progressent, les bilans se renforcent, et les valorisations de plusieurs valeurs pharmaceutiques sont redevenues attractives. JPMorgan estime que le potentiel du groupe est désormais constructif.

Deuxième conviction : les Magnificent Seven ne sont pas un bloc monolithique. En 2025, l’écart entre le meilleur (Alphabet, +64 %) et le moins bon (Amazon, à peine positif) est énorme. La sélectivité est devenue essentielle : l’ère où il suffisait d’acheter « les sept » en bloc semble révolue.

Troisième conviction : la vraie question n’est pas Europe contre US, mais concentration contre diversification. Les deux groupes sont les symptômes d’un même phénomène : la polarisation des marchés autour d’un nombre réduit de méga-capitalisations. L’investisseur averti ne choisit pas un camp. Il comprend les deux, les dimensionne correctement, et reste attentif aux rotations — car c’est dans ces moments de bascule que se créent les meilleures opportunités.

Article rédigé par César Durantin.