
L'épargne des Français : mettre beaucoup de côté ne suffit pas
Les Français épargnent beaucoup. Mais ce réflexe de précaution, aussi rassurant soit-il, cache une réalité moins confortable : une épargne mal orientée se déprécie. Voici comment comprendre vos comportements d'épargne, protéger votre argent de l'inflation et surtout le faire vraiment travailler.
Les Français, grands épargnants en Europe
Le taux d'épargne des ménages français a atteint 18,8 % du revenu disponible brut au premier trimestre 2025, un niveau sans précédent hors période Covid depuis 1981. Alors qu'il était stable autour de 14 à 15 % depuis les années 1990, il est nettement supérieur à ce niveau historique depuis 2020.
À titre de comparaison européenne, la France affiche un taux d'environ 18 %, derrière l'Allemagne (19,6 %), mais bien devant l'Espagne (12,0 %) et l'Italie (14,1 %). Les Français font donc partie des ménages qui épargnent le plus en Europe.
Pourquoi un tel niveau ? La succession de chocs — Covid, guerre en Ukraine, vague inflationniste, crise politique — explique cette propension à l'épargne. Le faible niveau de confiance des ménages ne les incite pas à consommer, et les Français sont de plus en plus nombreux à épargner pour préparer leur retraite.
Le problème est que l'encours total des Livrets A et LDDS atteint 615 milliards d'euros, signe que la majorité de cette épargne reste concentrée sur des supports liquides et garantis, souvent au détriment de la performance long terme.
L'ennemi silencieux : l'inflation
Épargner, c'est bien. Mais laisser dormir son argent sur un livret peu rémunéré pendant une période d'inflation, c'est perdre du pouvoir d'achat sans s'en rendre compte. Avec le taux du Livret A à 1,5 % depuis le 1er février 2026 et une inflation qui s'est établie à 0,7 % en fin d'année 2025, la rentabilité réelle après inflation reste inférieure à 1 %. Lors de la phase d'inflation élevée de 2022-2023, cette rentabilité réelle était même négative.
La règle d'or est simple : tout euro qui dépasse votre besoin de sécurité immédiate devrait être mis au travail sur des supports adaptés à votre horizon et à votre profil de risque.
Étape 1 : constituez d'abord votre épargne de précaution
Avant tout investissement, il faut sécuriser l'essentiel. L'épargne de précaution, c'est votre filet de sécurité face aux imprévus de la vie : panne de voiture, problème de santé, perte d'emploi. Pour un salarié aux revenus stables, une réserve équivalente à 3 à 6 mois de dépenses courantes est recommandée. Pour un entrepreneur ou indépendant, l'idéal est de viser entre 6 et 12 mois.
Pour la placer, le Livret A et le LDDS allient rendement garanti, liquidité totale et sécurité absolue. Si vos revenus sont modestes, le LEP à 2,5 % sous conditions de ressources est encore plus avantageux. Une fois ce matelas constitué, au-delà de 6 mois de dépenses, votre argent dort inutilement et il vaut mieux transférer l'excédent vers une assurance-vie ou un PEA pour obtenir un rendement supérieur.
Étape 2 : faites travailler le reste selon vos objectifs
Une fois votre matelas de sécurité constitué, l'enjeu est d'organiser le reste de votre épargne de façon structurée. Le principe des trois poches permet d'y voir clair.
La première poche, c'est la sécurité. Il s'agit de votre épargne de précaution, placée sur Livret A, LDDS ou LEP. Elle ne cherche pas à performer : elle est là pour vous protéger. Elle doit rester disponible à tout moment, sans risque de perte en capital, et représenter 3 à 6 mois de dépenses, pas plus.
La deuxième poche est dédiée à vos projets à moyen terme, dans les 3 à 8 ans : achat immobilier, financement des études, projet de vie. L'assurance-vie en fonds en euros offre un bon équilibre entre rendement modéré et capital garanti. Les SCPI permettent quant à elles d'accéder à l'immobilier sans en gérer la contrainte. Cette poche accepte un peu plus de risque, mais reste prudente.
La troisième poche est celle du long terme, pour l'épargne que vous n'avez pas besoin de toucher avant 8 à 15 ans : préparation de la retraite, constitution d'un capital, transmission. Sur cet horizon, vous pouvez vous permettre de la volatilité, et c'est précisément ce qui permet d'accéder à des rendements bien supérieurs via le PEA ou le PER. Les versements sur les PER ont d'ailleurs augmenté de 25 % au dernier trimestre 2024, signe que les Français prennent progressivement conscience de l'importance de préparer leur retraite tout en bénéficiant d'un avantage fiscal immédiat.
Ce qu'il faut retenir
Ce n'est pas la taille de votre épargne qui détermine votre sécurité financière, c'est la façon dont elle est organisée. Trop concentrer son argent sur le Livret A, c'est se priver de rendement. Ne pas avoir de matelas de sécurité, c'est prendre un risque inutile. La bonne stratégie se situe entre les deux, et elle est propre à chaque situation.
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Article rédigé par Nicolas Brouin.